Partager l'article ! Marie-Laure Brival : « L’accouchement sous X est une issue salvatrice » in l'Humanité: Marie-Laure Brival est gynécologue obst ...
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Marie-Laure Brival
est gynécologue obstétricienne et chef de service à la maternité des Lilas, en Seine-Saint-Denis. Elle décrypte la levée de l’anonymat proposée par la
députée UMP Brigitte Barèges.
Que penser du projet de lever l’anonymat des femmes accouchant sous X ?
Marie-Laure Brival. Cette proposition de loi s’en prend au principe même de l’accouchement sous X, ce qui revient à le supprimer. Cela n’a rien d’étonnant puisque, comme l’anonymat des donneurs de sperme, il est remis en cause depuis une dizaine d’années. Mais pour moi, fervente défenseure de ce droit à ne laisser aucune trace, c’est une atteinte à la liberté des femmes.
Quel impact redoutez-vous si une telle loi est votée ?
Marie-Laure Brival. Les conséquences à craindre sont graves. En tant qu’obstétricienne, j’ai suivi de nombreuses femmes ayant accouché dans le secret. À chaque fois, elles étaient plongées dans une détresse effroyable, prisonnières de situations inextricables : de très jeunes filles qui avaient réussi à cacher leur grossesse jusqu’au dépassement du délai d’IVG, des femmes musulmanes qui risquaient leur vie si leur entourage apprenait qu’elles avaient eu un rapport sexuel. Le fait de savoir que leur enfant allait pouvoir prétendre à un avenir dans le cadre d’une adoption plénière, sans avoir à repenser à cet événement par la suite, était leur seule porte de sortie. Sans ça, elles auraient pu commettre des actes inconsidérés sous l’effet de la panique : avortements tardifs pratiqués dans la clandestinité, accouchements sauvages, voire suppression de la vie du nouveau-né.
Peut-on légiférer pour satisfaire la curiosité de quelques milliers d’enfants nés sous X ?
Marie-Laure Brival. Connaître l’identité d’un géniteur ne leur apportera rien. Ces quêtes individuelles sont délibérément suscitées pour servir une morale du tout biologique. En adoptant cette attitude compassionnelle, on repose l’éternelle question de la fonction parentale. Quel est le vrai parent : le parent social, qui a adopté cet enfant, qui s’en est occupé et qui l’a aimé, ou celui qui s’est contenté de le concevoir ? Non contente de jouer les réactionnaires en se recentrant sur la famille traditionnelle, cette députée a encore le culot de faire croire que les femmes, dès qu’elles y sont autorisées, se font un plaisir d’accoucher sous X à tour de bras, alors qu’en France, elles sont à peine 600 à le faire chaque année. Rien de tel pour discréditer la capacité décisionnelle des femmes !
Le droit au secret en france
« Lors de son accouchement, la mère peut demander que le secret de son admission et de son identité soit préservé » (Code civil, art. 326). Aucun lien de filiation n’est alors acté entre la mère et l’enfant. La mère a deux mois pour se rétracter. Passé ce délai, l’enfant est déclaré adoptable. La loi garantit à l’enfant adopté l’accès au dossier constitué à son intention lors de l’accouchement. À ce jour, les femmes sont en effet invitées – et pas encore obligées – à laisser sous pli fermé des renseignements sur leur identité, leur santé, celle du père, qui permettront à l’enfant d’avoir quelques informations sur ses origines. Le Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (Cnaop) conserve ce pli. À sa majorité, l’enfant peut, lui, écrire afin d’accéder à ce pli. Le Cnaop contacte alors la mère biologique pour solliciter son accord à lever le secret de son identité, ce qu’à ce jour, elle peut faire à tout moment… ou jamais.